• ~ C'est où, le nord ? de Sarah Maeght ~

    Résumé :

    Si vous commencez le roman de Sarah Maeght, vous ne le lâcherez plus… Ses phrases galopent, ses mots crépitent. Elle raconte avec rage et pleine d’espoir le quotidien d’une prof, les errances d’une fille de vingt-quatre ans qui ne sait pas très bien où elle va. C’est où, le nord ? Elle l’ignore. Mais elle y va gaiement.

    C’est le portrait d’une génération, une photographie de la France d’aujourd’hui, un verre de grenadine avec trois doigts de désespoir et quelques substances interdites. Les jeunes s’y retrouveront, les parents qui se posent des questions aussi. Des romans comme celui-là, on les ouvre et on reste planté à tourner les pages, la langue pendante…

    Mon avis :  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

    « Dans sa tête, c'est Ikéa, bien rangé, bien organisé, dans la mienne c'est une vide-grenier bordélique. »

    C'est un premier roman de l'auteur frais et contemporain qui aborde avec finesse et de manière implicite des thèmes tels que l'exclusion, le handicap, le rapport à la maternité, l'homophobie,... J'ai aimé la justesse et le ton léger avec lesquels ils sont traités, autour d'une jeune femme en grande remise en question sur sa vie. Les péripéties d'Ella sont burlesques, vives et nous entraîne dans un feu d'artifice de sensations.

    C'est où, le nord ? est pour moi un tourbillon dans lequel on s'envole dès la première page sans réfléchir. On atterrit à la dernière page, encore essoufflé par cet ouragan. Le roman est fluide, le style est léger, agréable et doté d'humour. Un véritable hymne à la vie et à la puissance de celle-ci, sur un ton acidulé.

    J'ai beaucoup aimé les personnages, leur manière d'être bruts, francs. Malgré une vulgarité qui m'a parfois légèrement dérangé, j'ai ressenti de l'empathie pour Ella, Lou et Théo. Ils m'ont semblé familiers et si réalistes qu'ils ont pris vie sous mes yeux. Ils sont délicieux et j'ai pris plaisir à les connaître.

    Seul bémol de ma lecture passionnée, un livre qui suit les frasques d'une femme en plein doute sans fil conducteur pour relier tous les événements qui s'y passe. C'est comme si l'auteur avait écrit d'une traite, sans poser son stylo et sans faire de lien. Je pense que ma sensation d'essoufflement, ressenti à la fin du livre, vient de cela. 

    ♦ ♦

    Un roman rafraîchissant, prometteur et très agréable, qui permet d'oublier les tracas de quotidien pour se plonger dans ceux d'Ella. 

    « - Je vous jure, madame, le Télé-Achat, c'est pareil que la vie.
    - Comment ça?
    - C'est jamais comme à la télé. »


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  • ~ Parmi les 10 milliers de choses - Julia Pierpont ~

    Résumé :

    Dans la famille Shanley : Jack, charmeur impénitent, est un artiste reconnu ; Deb a renoncé quant à elle, avec une certaine allégresse, à une carrière de danseuse de ballet pour élever leurs deux enfants. Un appartement à Manhattan, une famille presque heureuse tant Deb s’applique à fermer les yeux sur les infidélités de son mari.

    Jusqu’au jour où un paquet anonyme ébranle le foyer : une simple boîte en carton, remplie d’emails chroniquant sans pudeur la vie secrète de Jack. Le paquet, adressé à Deb, tombe malencontreusement entre les mains des enfants.

    Rien ne sera plus comme avant…

    Mon avis : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ 

    « C'est de Jack que je veux vous parler. J'ai commencé à coucher avec votre mari en juin dernier. C'est juste que parfois il avait besoin de moi. »

    Le livre commence ainsi, un paquet déposé devant la porte, intercepté par une fillette de onze ans et qui finira par en parler à son frère de quinze ans. Kay et Simon se trouvent confrontés de plein fouet à l'infidélité de leur père. Chacun avec son caractère va gérer celle-ci comme il le peut et à partir de ce moment, il ne devient plus possible pour Deb de faire comme si de rien n'était. Elle fermait les yeux sur les activités extra-conjugales mais lorsque la bombe explose, c'est toute la famille qui en est touchée.

    Les chapitres sont découpés selon les protagonistes : Jack, Deb, Simon et Kay, de manière à ce que chacun ait la parole d'un point de vue extérieur. Cette parole extérieur est d'ailleurs ce qui m'a le moins aidé à m'imprégner des personnes et du livres. La deuxième partie est très en retrait par rapport à la première, elle évoque une époque passée. Puis, dans une troisième partie, c'est un retour au présent. Je dois dire que ce bond dans le temps, aussi bien futur que passé, m'a un peu dérangé.

    De plus, malgré un sujet qui aurait pu être très prometteur et qui m'intéressait beaucoup, je m'attendais à un romain avec plus d'émotions et de ressentis. J'ai parfois eu l'impression que Deb ne ressentait que de la lassitude et bien que je pense que ce soit le cas, elle m'a paru être une femme terne et sans émotions. 

    Le fait que la boîte, qui est quand même l'élément déclencheur du livre, l'élément qui permet à celui-ci de démarrer, soit aussi vite passer m'a également perturbée. Je m'attendais à ce qu'elle soit davantage développée. Au vu de la durée de l'aventure extra-conjugale de Jack, je pensais que cette boîte serait bien remplie et contiendrait des éléments moteurs de cette infidélité. 

    Un roman pourtant bien parti qui m'a très peu plu et j'en suis déçue. J'attendais davantage de ressentis, davantage de sentiments. J'en suis ressortie sans émotions alors que le sujet que Julia Pierpont avait pris comme thème est, pour moi, très intéressant à travailler. Il reste malgré tout un beau roman sur la complexité familiale de l'infidélité, sur ce qu'on dit et ce qu'on cache pour paraître bien. 

    « Tout finirait par s'arranger. Il s'en était toujours sorti ; il n'y a avait pas de raison qu'il ne s'en sorte pas cette fois encore. »


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  • ~ Le coeur cousu - Carole Martinez ~

     

    Résumé :

    Frasquita Carasco a dans son village du sud de l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises ; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre ; le cœur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement...

    Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels...

    « Ecoutez, mes sœurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! »

    Mon avis : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

    C'est un roman somptueux qui mêle surnaturel et réel, histoire de vie et cruauté de celle-ci. Profond et lyrique, il nous entraîne au cœur d'un hymne à la vie et à la liberté. La beauté de la plume de Carole Martinez nous dévoile une poésie merveilleuse. C'est sous le regard de Soledad, la fille cadette de Frasquita que nous découvrons l'odyssée et le combat de ces femmes qui sont sa mère et ses sœurs. 

    « Cela m'a pris ce soir d"écrire.
    Me voilà donc attablée, face à mon écriture nocturne, et je sais que cette écriture noircira le temps qu'il me reste, que j'éclipserai ce grand soleil de papier dans un crissement de plume. L'encre m'est venue quand il n'y a plus eu de larmes. Plus rien d'autre à pleurer. Plus rien à espérer que le bout du cahier. Plus rien à vivre que ces nuits de papier dans une cuisine déserte. »

    J'ai été transporté dans un autre pays, j'ai vécu quelques jours avec ces femmes fortes et merveilleuse. Elles sont talentueuses, dotées de dons surnaturels qui dépassent l'imaginable et c'est, pour moi, ce qui rend ce roman magnifique. Il permet de nous faire sortir du quotidien et des banalités de celui-ci. Il permet de s'envoler et de rencontrer l'imaginaire à travers une écriture tellement naturelle que j'ai presque cru que tout pouvait exister.

    « Et dès lors le rouge envahit la salle du bas. Les marchands en apportèrent de toutes sortes pour que Frasquita Carasco put faire son choix. Cotonnades amarante, cerise et coquelicot. Entrelacs de Garance, de vermeil et grains de grenat. Velours cramoisi et taffetas pourpre. Boutons de porphyre et larmes de sang dans leur écrin doré. Éclat de rubis dans l’œil noir de la couturière. Coraux de soie sauvage et géraniums enflammés. »

    ♦ ♦

    Une véritable découverte, une surprise et une merveille que je le laissais de côté de peur de ne pas aimer les frasques de l'auteur... Le cœur cousu est frissonnant et d'une puissance extrême. 


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